La Brigade des Cowboys / La Brigade des Cow-boys (Journey to Shiloh) 1967 • Western Movies •

La Brigade des Cowboys (Journey to Shiloh) 1967

Titre Français alternatif : La Brigade des Cow-boys
Note : 6 /10 (1 vote)

Pays : États-Unis (1H41) Couleurs
Réalisateur : William Hale
Acteurs : James Caan, Michael Sarrazin, Brenda Scott, Don Stroud, Paul Petersen, Michael Burns, Jan-Michael Vincent, Harrison Ford, John Doucette, Noah Beery Jr, Tisha Sterling, James Gammon, Brian Avery, Clarke Gordon, Robert Pine
Producteur : Howard Christie
Scénariste : Gene L. Coon
Directeur de la photographie : Enzo A. Martinelli
Composition musicale : David Gates
Thème : Guerre de Sécession

Résumé : 1862... En pleine guerre de Sécession. Sept jeunes Texans font route vers Richmond afin de se joindre aux forces sudistes. Leur enthousiasme est à l'image de leur jeunesse, mais sera froidement et cruellement douché...
Lieu de tournage : Agoura en Californie, Janss Conejo Ranch, Thousand Oaks, Californie

Informations complémentaires : D'après Heck Allen (roman Journey to Shiloh, 1960, paru sous le pseudo Will Henry)

Sortie États-Unis : 06/01/1968 - Sortie France : 10/04/1968


Format : 2.35:1
Technicolor
Mono (Westrex Recording System)

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La brigade des clichés...

Posté par pak
Un western américain de la fin des années 1960 très peu connu, dont le début déroute assez, puisqu'il nous invite à suivre une bande de sept jeunes cowboys issus d'un milieu manifestement modeste, partis de leur bled paumé pour aller s'engager dans l'armée sudiste et participer, du moins le croient-ils, à la victoire de l'armée confédérée. La bonne humeur est alors de mise malgré une forte tête, avec un leader assez charismatique, et l'ambiance plutôt bucolique. Mais c'est surtout la vision de l'esclavagisme qui déroute dans l'introduction. Lorsque nos joyeux lurons se rendent dans la propriété d'une riche famille sudiste, ils rencontrent leur premier esclave, un domestique costumé en valet de pied à l'européenne (une partie des familles riches des états du sud était alors assez influencée par l'Europe de par leurs relations économiques, notamment la France et l'Angleterre) qui affirme, fier comme un paon, que son maitre le traite correctement, bref, qu'il est bien content de son sort. On craint alors pour la suite, de voir un western de plus pas tellement critique sur l'esclavagisme, aspect de la guerre de sécession régulièrement laissé de côté dans les westerns, alors que ce fut l'un des éléments déclencheurs du conflit, on se souvient du plaidoyer sudiste de la superproduction Autant en emporte le vent (Victor Fleming, 1939), ou encore de la description chevaleresque des confédérés dans La piste de Santa Fe (Michael Curtiz, 1940).

Heureusement, le ton va graduellement se durcir, et ce film va montrer dans la suite de son récit un visage nettement plus critique. En fait, plus modestement et discrètement que des films comme Soldat bleu (Ralph Nelson, 1970), La brigade des cowboys s'inscrit dans la contestation inhérente à la fin des années 1960, aggravée aux USA par une guerre du Vietnam qui fait plus que s'enliser, puisqu'en février 1968, un mois après la sortie du film aux USA, l'offensive du Têt détruit les dernières illusions américaines d'une résolution rapide du conflit. D'ailleurs, le réalisateur William Hale déclara quelques mois après l'exploitation salles du film qu'il avait souhaité établir un parallèle entre ses jeunes héros et les non moins jeunes américains faisant la guerre au Vietnam sans bien comprendre pourquoi. La découverte des réalités guerrières, de la souffrance, de la mort, l'apprentissage brutal des désillusions, c'est bien de cela dont il est question, une réalité historique (que l'on peut rapprocher au départ des futurs poilus pour le front la fleur au fusil durant l'été 1914), et aussi un thème assez éculé du film de guerre, demandant un certain talent pour éviter la redite ou au moins l'ennui, talent que n'a pas, malgré sa bonne volonté, William Hale.

Pourtant, le contexte historique était bien choisi. Car sous le titre français bien banal qui ne veut rien dire, La Brigade des cowboys (ça aurait pu être tout aussi bien La Section des cowboys ou La Cavalerie des cowboys, en plus, nos sept jeunes ne combattront même pas tous ensembles), se cache un titre original qui certes, n'évoque rien aux français mis à part de rares aficionados de la période, mais qui parle par contre encore à beaucoup d'américains. En effet, Journey to Shiloh (Voyage à Shiloh) est une allusion quasi ironique à la bataille de Shiloh qui se déroula les 6 et 7 avril 1862, ce qui nous situe une année après le début des hostilités. Durant les douze premiers mois du conflit, il y a bien eu quelques batailles importantes, mais si celle de Shiloh a marqué, c'est par l'ampleur inédite des pertes subies. C'est bien simple, jamais l'Amérique, alors encore jeune il est vrai, n'avait connu telle hécatombe. En deux jours, la bataille fera plus de morts et de blessés que l'ensemble des pertes subies par les deux camps depuis le début de la guerre. C'est même deux fois plus que le bilan total des 18 mois de campagne contre le Mexique (13/05/1846 - 02/02/1848). Une hécatombe qui va choquer l'opinion publique, d'autant que les deux bords s'estiment victorieux dans un premier temps. Une victoire à la Pyrrhus... Qui d'ailleurs faillit mettre un terme à la carrière du général Ulysses S. Grant, commandant les forces de l'Union à Shiloh, futur vainqueur du général confédéré Lee (et par ce fait, de la guerre de sécession) et bientôt dix-huitième président des États-Unis (de mars 1869 à mars 1877), et ne devant son maintien qu'au support indéfectible du président Lincoln lui-même. Après Shiloh, pourtant, huit autres batailles feront encore plus de victimes jusqu'à l'armistice...

On le voit, le contexte historique est chargé et la tentative de parallèle avec la guerre de Vietnam tentante. En 1968, les pertes américaines vont croissantes, d'ailleurs en novembre 1967, le Pentagone avait annoncé que depuis le début de l'année 1961, environ 15 000 soldats américains avaient été tués, tandis que près de 110 000 furent blessés. Le message est donc clair : comme à Shiloh, les pertes atteintes sont effroyables, mais cela risque de fortement augmenter. Presque prémonitoire, puisque l'offensive du Têt déjà citée va vite augmenter ce taux d'attrition. Et comme nos joyeux drilles de Shiloh débarqués de leur bled, un bon nombre de biffins au Vietnam combattent pour leur pays, mais sans bien trop savoir pourquoi hormis le fait que le type en face ne vit pas selon les mêmes règles. Tout cela est en filigrane dans le film de Hale, mais sans réelle force et de manière trop simpliste.

En fait, avec la distance du temps, on peut faire nous-mêmes un parallèle entre ce long-métrage et Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino sorti dix ans plus tard. On suit les derniers jours d'une bande de potes qui se connaissent depuis l'enfance avant leur incorporation dans l'armée, puis leur plongée brutale dans la réalité sanglante de la guerre, la fin de leurs illusions, voire de leurs vies, et les rescapés en porteront à jamais les séquelles. Mais là où Cimino installe une dimension tragiquement magnifique, Hale reste au niveau des banalités presque niaises. Cimino parvient à parler de la guerre en limitant les scènes guerrières, Hale donne dans l'illustration parfois proche de l'image d’Épinal avec des scènes de batailles sans personnalité. Enfin, Cimino s'éloigne dans un premier temps de son sujet en filmant un bal et une partie de chasse, laissant le spectateur connaître les personnages, leurs doutes, leurs espoirs, Hale reste dans le western et ses figures imposées, avec les inévitables chevauchées dans de grandes espaces, campements au coin du feu, bagarre de saloon, bal du Sud et partie de poker, comme s'il fallait remplir un cahier des charges avant d'aborder le vif du sujet.

Vif du sujet abordé avec tant de maladresses que la force du propos s'en trouve considérablement amoindrie. En effet, on ne comprend pas le parti pris du réalisateur de disperser et lâcher son petit groupe dès lors que l'on aborde directement la guerre. Ce faisant, il tue le potentiel dramatique de son récit, et diminue l'impact émotionnel que le sort du groupe aurait dû provoquer. La plupart vont mourir hors champ (on aura même droit à un « untel a reçu une balle dans la tête » lors d'une conversation, sans plus), et on se désintéresse alors au sort de ces jeunes que l'auteur nous avait péniblement présenté (seul deux d'entre eux sont réellement esquissés, les autres étant transparents car mal écrits, et parmi ces deux, l'un va disparaître prématurément de l'histoire). En fait une seule scène est réellement réussie, lorsque dans la nuit servant d'intermède à la bataille, un soldat de l'Union blessé va réciter un sermon dans une église remplie de soldats confédérés déserteurs s'y cachant, car l'un d'entre eux est à l'agonie. Une réelle émotion se dégage de ce moment dans la pénombre, une poignée de minutes durant laquelle le réalisateur atteint son but, émouvoir tout en dénonçant, montrant que la guerre n'est pas que médailles et défilés. C'est lors de cette courte scène que les quelques pistes narratives parsemées ici et là prennent leur sens (comme lorsqu'un des jeunes avoue qu'il a beaucoup à apprendre, sous-entendu qu'il n'est jamais sorti de son trou, qu'un autre affirme qu'ils ne savent pas vraiment pourquoi ils vont se battre, ou qu'ils réalisent sous l'uniforme que rien ne se passe comme ils l'avaient imaginé ou rêvé).

J'aimerai pouvoir dire que l'histoire d'amour qui se dessine entre le personnage de James Caan et la prostituée est réussie, mais, en plus du hors-sujet, elle est assez mièvre et improbable. Le gentil cowboy un peu plouc prend la défense de la demoiselle de petite vertu, celle-ci éblouie par tant d'esprit chevaleresque l'invite dans son lit. Il n'en faut pas plus pour que notre gaillard soit amoureux et la donzelle semble s'accrocher à lui comme une désespérée. Le lendemain, ce sont les adieux et le départ au front, avec la promesse du retour pour l'un, et la promesse de l'attente pour l'autre. Fermez le ban et sortez les mouchoirs. Bref, la guimauve n'est pas loin...

Finalement, l'intérêt principal est son interprétation. Non pas qu'elle soit exceptionnelle, mais parce qu'elle est composée de jeunes acteurs qui faisaient leurs premiers pas au cinéma ou du moins qui en étaient à leurs débuts. James Caan, alors sûrement le moins inconnu de la bande, après plusieurs apparitions dans des épisodes de séries télés commençait, à 28 ans, à se faire un nom, notamment grâce à sa participation en 1966 au film El Dorado d'Howard Hawks dans le rôle de Mississipi entre John Wayne et Robert Mitchum. Jan-Michael Vincent, qui commence à imposer sa belle gueule et que l'on reverra par la suite dans Le Flingueur (Michael Winner, 1972) et La Chevauchée sauvage (Richard Brooks, 1975) avant qu'il ne flingue sa carrière en la noyant dans l'alcool pour finir par tourner des séries Z dans les années 1990. Michael Sarrazin, alors en pleine ascension, qui connaitra le succès et la reconnaissance avec On achève bien les chevaux (Sydney pollack, 1969) et Le clan des irréductibles (Paul Newman, 1970), et on le reverra dans Juge et Hors-la-loi (John Huston, 1972) avant de voir sa carrière marquer le pas dans les années 1980 et s'orienter vers la télévision. Le costaud Don Stroud qui va enchainer de suite après ce film avec Un shérif à New-york (Don Siegel, 1968) aux côtés de Clint Eastwood, qu'il retrouvera dans Joe Kidd (John Sturges, 1972) et deviendra un second rôle récurrent des séries TV des années 1970-80 (il sera le sergent Varrick dans Madame Columbo ou le capitaine Chambers dans Mike Hammer), tournant dans tout et n'importe quoi. Paul Petersen, lui, a commencé très jeune (11 ans chez Disney Parade) et n'a pas marqué les esprits malgré une carrière régulière, surtout à la télévision. Michael Burns encore moins bien qu'il ait le C.V. Le plus long du groupe au moment du tournage, ayant lui aussi débuté jeune (à 12 ans) et enchainé les rôles dans diverses séries dont La grande caravane durant cinq ans, avant de stopper sa carrière en 1977 à 30 ans et devenir professeur d'histoire jusqu'à sa retraite en 2002. Mais le débutant le plus connu est bien-sûr Harrison Ford, assez transparent il faut dire, et qui va continuer à jouer les utilités jusqu'à ce qu'il croise un certain George Lucas qui lui donnera un rôle dans American graffiti (1973) et qui se souviendra de lui en 1977 pour une autre guerre, qui se déroulera dans les étoiles, on connait la suite... Citons aussi Noah Berry Jr. dans le rôle d'un sergent à grande gueule mais paternaliste, un peu téléphoné il est vrai, mais au moins apporte-t-il sa gouaille et un peu de vie à un film qui en manque cruellement.

C'est le troisième et dernier film du réalisateur. Après avoir signé une petite série B policière (Lonnie en 1963, inédit en France), William Hale entre dans le western avec Le shérif aux poings nus en 1967 (quoique ce n'est pas tout à fait exact puisqu'il a réalisé avant son second opus des épisodes d'une série nommée Cheyenne avec Clint Walker ainsi que deux de la série Le Virginien). Il est intéressant de noter que déjà, dans ce western, il aborde la guerre de sécession et un antimilitarisme de bon aloi, avec son shérif vétéran de la guerre marqué par la mort d'un de ses soldats qu'il a tué involontairement, et qui fait vœu de ne plus utiliser d'armes. Une démarche donc assez similaire à son dernier film, où la guerre est de nouveau en point de mire de l'auteur. Qui sait si l'on ne tenait pas là un réalisateur entamant une œuvre sur la guerre et la violence des hommes, ainsi que les conséquences de celles-ci sur les corps et les âmes ? Mais on ne le saura jamais puisque l'échec critique et public de La Brigade des cowboys sonnera le glas de sa carrière cinématographique et il ne travaillera plus que pour la télévision, enchainant séries et téléfilms jusqu'à sa retraite.

Il faut dire que malgré les bonnes intentions de Hale, son film ne dépasse pas l'anecdotique en dépit des évènements décrits et la bataille finale (gâchée par l'utilisation récurrente de stock-shots d'un autre film semble-t-il, ou alors c'est très mal monté et gavé de fautes de raccords lumière). En fait il ne trouve pas son ton, au carrefour de l'esprit familial des années 1950 et de la contestation de la fin des années 1960, comme s'il avait voulu ménager la chèvre et le chou, amoindrissant la portée dramatique du film pour un résultat finalement bien fade. Et la fin confine au ridicule, notamment la scène de la grange noyée dans une espèce de brume / fumée rendant les images illisibles et c'est incompréhensible que cette séquence ait été gardée au montage et pas tournée de nouveau. Le type même de film dont les bonnes idées sont gâchées par une mise en scène plate : on n'ose imaginer ce qu'aurait fait un Sam Peckinpah avec un tel matériau...

Mise-en-scène : 4/10
Acteurs : 6/10
Histoire / Scénario : 5/10
Réflexion sur la condition humaine : 5/10
Spectacle offert : 5/10
Note générale : 5 /10







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