| Candidat déclaré au titre de plus grand western de tous les temps, Je suis un aventurier réunit de manière synthétique tous les éléments du western névrotique des années 50 et les aspects les plus émouvants du genre. Le destin de Jeff Webster (James Stewart), héros individualiste, qui après avoir perdu son meilleur ami, sacrifiera ses idéaux, afin de sauver une collectivité à laquelle il n?appartient pas a priori, et dans laquelle il n?a peut être pas d?avenir, bouleverse et remet en cause d?un côté, mais tout en le confortant de l?autre, l?idéal individualiste américain. Incarnation de cet idéal, Jeff Webster est à la recherche de quelque chose qu?il n?atteindra jamais, la maison qu?il veut acheter avec Ben (Walter Brennan), le pays lointain (The far country, titre original de l??uvre), trop lointain. Toute la richesse, et son côté le plus dramatique, du personnage de Webster est qu?il passera par plusieurs phases : égoïsme forcené, collaboration payante, début d?un sentiment d?appartenance, vengeance, acquiescement peut être teinté de résignation, et ce sans qu?il l?ait vraiment voulu, et avant tout car des éléments extérieurs l?ont décidé pour lui. Un exemple : Webster, de par sa nature, est plus proche de Ronda (Ruth Roman), une femme qui correspond à son côté aventurier (on signalera ici l?extraordinaire, pour une fois, titre français : Je suis un aventurier, qui complète le titre original en insistant sur le caractère, et la fragilité liée à ce caractère, de Webster), mais il sera séparé d?elle par les évènements (et ce de manière définitive car elle trouvera la mort). Finalement, le destin lui offrira comme éventuelle compagne Renée Vallon (Corinne Calvet). Cependant ici, il est permis au spectateur de douter ; ainsi lors de la scène finale quand Webster fait tinter la clochette qui pend à sa selle (clochette qui devait figurer à la porte d?entrée de la maison qu?il devait acheter avec Ben), cette séquence peut prendre une triple signification : Soit Webster acquiesce, il a enfin trouvé la maison qu?il cherchait (The far country) et il restera à Dawson avec Renée Soit l?acquiescement de Webster est teinté de résignation et il restera sans doute à Dawson, mais peut être pas avec Renée Soit Webster a tout perdu et la clochette n?en est alors plus que le souvenir. Cette ouverture finale n?est pas la moindre des richesses du film de Mann, qui constitue à tout jamais l?un des sommets du panthéon cinématographique. |